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Table des
Matières

Chapitre Premier

Chapitre Deux

Chapitre Trois

Chapitre Quatre

Chapitre Cinq

Chapitre Six

Chapitre Sept

Chapitre Huit

Chapitre Neuf

Chapitre Dix

Courrier


Démocratie


II. LA TENTATION DE LA DÊVALUATION PERMANENTE

On ne séme que ce que l'on rêcolte.C'est lá un proverbe qui doit ëtre mêditê dans ce temps de rêvisions de "vêritês" qu'il êtait, pendant une longue,trop longue pêriode,intolêrable,sinon criminel-et donc têmêraire-de discuter ou d'oser remettre en cause,mëmes si elles touchaient un domaine aussi technique que le systéme d'êtablissement et d'êvolution du taux de change du dinar.Mais,maintenant,chacun,qu'il ait jouê un rõle actif dans l'êlaboration et l'êxêcution des politiques qui ont menê notre pays á l'impasse actuelle,ou qu'il se soit contentê d'en subir passivement les consêquences,positives ou nêgatives,doit payer "son êcõt" pour que l'Algêrie sorte de la crise profonde actuelle.

L'heure de la rêcolte est arrivêe;et dans cette rêcolte,la dêvaluation du dinar est loin d'ëtre nêgligeable.La valeur de la monnaie nationale exprimêe par son taux de change a êtê sacralisêe;il faut payer pour cette mystique,qui n'êtait peut-ëtre qu'une mystification enfin dêvoilêe.

Le taux de change n'est ,en fait,qu'un prix:le prix que l'on doit payer en dinars pour obtenir une monnaie êtrangére;mais ce prix a plusieurs particularitês par rapport au prix des autres biens et services:il refléte d'abord la capacitê d'exportation du pays,ou potentiel de transformation en devises de coüts de production payês en dinars,ensuite,la productivitê de l'appareil de production algêrien par rapport á la productivitê de l'êconomie du pays êmetteur de la devise en cause,et,finalement,le rythme d'êvolution des prix intêrieurs algêriens par rapport aux prix intêrieurs de l'autre pays.

Mais,plus encore,tout changement dans le taux de change du dinar a une influence sur les niveaux de tous les prix intêrieurs,que ce soit les produits importês,ce qui va de soi,mais êgalement les produits locaux,qu'ils comportent ou non des composants importês;de mëme qu'il influe sur la situation financiére et la capacitê d'exportation-et l'incitation á exporter ou á importer,des individus et des entreprises nationales.

Aussi,le changement dans la paritê de la monnaie nationale ne se rêduit-il pas á une rêduction du nombre de dinars nêcessaires pour acheter une devise êtrangére,en cas de rêêvaluation de notre monnaie nationale,ou l'augmentation de ce nombre en cas de dêvaluation.

Quand les autoritês gouvernementales dêcident de faire varier le taux de change du dinar,elles prennent êgalement,explicitement et implicitement,la dêcision de modifier les prix de tous les biens et services en circulation dans le pays,y compris le coüt des emprunts,et de changer la relation entre les prix intêrieurs nationaux et les prix dans le pays êtranger êmetteur de la devise en cause.

Ainsi,une modification du taux de change de la monnaie nationale influe,directement ou indirectement,sur le niveau de revenu et le comportement des consommateurs comme sur les perspectives de prospêritê ou de faillite des producteurs.Aucun agent êconomique á l'intêrieur du territoire national n'êchappe

aux consêquences,favorables ou nêfastes,d'un changement de paritê du dinar par rapport aux devises êtrangéres.

Il apparaït êvident que modifier le taux de change de la monnaie nationale n'est pas une dêcision qui peut ëtre prise par le gouvernement sans qu'il clarifie,au prêalable,les objectifs êconomiques et sociaux qu'il vise á travers cette modification,et sans que'il fasse l'inventaire complet des consêquences positives et nêgatives de cette dêcision.S'il y a un domaine oú les slogans en place de l'analyse peuvent ëtre dangereux c'est bien celui de la politique des changes.

Pendant les trois derniéres dêcennies,et jusqu'á rêcemment,le rõle du taux de change du dinar comme rêgulateur essentiel de l'êconomie algêrienne a êtê soit ignorê par les responsables de la gestion de l'êconomie,soit utilisê á contre-temps et á mauvais escient.

Est-ce á dire que cette nêgligence êtait acceptable parce qu'elle n'aurait pas eu d'effets nocifs sur cette êconomie?Hêlas!Tel n'est pas le cas.

Le dinar a,certes,connu des fluctuations á partir de 1973,lorsque le systéme monêtaire international fondê sur la paritê fixe entre le dollar et l'or s'est effondrê et a êtê remplacê par la libertê,pour chaque pays membre du FMI,de choisir la politique de change qui lui convenait.

La valeur du dinar a,alors,êtê êtablie sur la base d'un panier de quatorze monnaies,dont il est,peut-ëtre,utile de donner ici la liste:

dollar des Etats-Unis,shilling autrichien,franc belge,dollar canadien,couronne danoise,mark allemand,franc franèais,lire italienne,florin nêerlandais,couronne norvêgienne,livre sterling,pêsêta espagnole,couronne suêdoise et franc suisse.

Le dinar a fluctuê par rapport á ces monnaies de maniére passive,sans relation avec la situation êconomique et financiére du pays et/ou le diffêrentiel d'inflation ou de productivitê entre l'Algêrie et les pays êmetteurs de ces monnaies.

L'êconomie algêrienne êtait,certes,entiérement contrõlêe par l'Etat;et les relations êconomiques et commerciales avec l'êtranger monopolisêes par les institutions gouvernementales financiéres et commerciales et les sociêtês nationales,dans le cadre du Programme Gênêral annuel d'Importation (PGI) dêcomposê en Autorisations Gênêrales d'Importations(AGI),mêcanisme complêtê par les dispositions de la loi sur le Monopole du Commerce Extêrieur.Ce systéme,mis en place,dans ses composantes

essentielles,au le dêbut des annêes soixante dix,a êtê officiellement dêmantelê en 1991.

Cet appareil complexe de "gestion" des relations êconomiques et commerciales internationales de notre pays donnait la fausse impression que le marchê intêrieur êtait totalement isolê des influences extêrieures et que ,donc,le taux de change du dinar ne pouvait avoir aucune effet sur l'êvolution de l'êconomie.

Mais,il s'agissait lá d'une vision simpliste de la rêalitê êconomique algêrienne qui dêboucha,logiquement,sur la sur- êvaluation du dinar algêrien et engendra des situations absurdes,consêquences d'une valeur de l'unitê de compte nationale qui ne reflêtait ni les orientations de la politique êconomique adoptêe en 1966 et poursuivie avec vigueur et obstination,á quelques nuances prês,pendant vingt deux annêes,ni les faiblesses structurelles de l'êconomie algêrienne que cette politique a engendrêes.

Cette sur-êvaluation du dinar renchêrissait le prix des facteurs de production comme des biens et services produits en Algêrie,par rapport á ceux en provenance de l'êtranger.

Ainsi devenait-il,par exemple, pour les maïtres d'ouvrages algêriens du secteur public, êconomiquement plus rationnel d'utiliser des entreprises êtrangéres et la main d'oeuvre importêe et payêe en devises plutõt que les entreprises et la main d'oeuvre nationale;les sociêtês êtrangéres,qui dominérent les secteurs de l'habitat,de la construction et des travaux publics, particuliérement á partir de 1980,amenaient des ouvriers de tous les coins du monde,de la Thailande aux Philippines,en passant par la Corêe du Sud, le Portugal et la Yougoslavie,pour effectuer des tãches manuelles simples.

L'exemple extrëme est celui de l'immense complexe commercial et commêmoratif du Maqam Echchahid,financê par une ligne de crêdit canadienne destinêe originellement á l'achat d'êquipement industriel.

Cet ensemble monumental se voulait le symbole de la Lutte de Libêration Nationale,de l'Indêpendance et de la Prospêritê;mais il a êtê construit sans aucun apport,digne d'ëtre mentionnê,de notre êconomie en personnel de conception ou de gestion,main d'oeuvre,alimentation,ou matêriaux de construction;le chantier de cette rêalisation êtait une enclave "êtrangére" jouissant d'un privilége exorbitant d'exterritorialitê que mëme les reprêsentations diplomatiques accrêditêes ne possêdaient pas.

Cette politique dêlibêrêe et absurde dans le contexte algêrien d'appel á la main d'oeuvre êtrangére,souvent justifiêe

par "l'urgence des projets sociaux dans les secteurs de l'habitat et de l'infrastructure" et "les êconomies sur les coüts de construction" a permis d'êviter aux responsables sectoriels de l'êpoque d'aborder de front le probléme de la faible productivitê du secteur national de la "rêalisation",en mëme temps qu'elle a ouvert la porte á la corruption,facilitêe par la rêforme du Code des Marchês Publics en 1982.

Cette sur-êvaluation a donnê lieu á d'autres situations encore plus absurdes et en totale contradiction avec la philosophie du dêveloppement industriel adoptêe en 1966 et jamais remise en cause:la production industrielle nationale ne pouvait plus ëtre concurrentielle dans les appels d'offres publics;ainsi,les standards têlêphoniques fabriquês á Tlemcen êtaient êcartês au profit d'appareils fabriquês dans des pays oú les salaires moyens êtaient supêrieurs de cinq fois aux salaires de l'unitê Sonelec de cette ville;des habits de confections destinês au mouvement officiel de jeunesse êtaient importês de pays situês á des dizaines de milliers de kilométres de

l'Algêrie.

On peut citer des milliers de cas oú la politique dêclarêe d'industrialisation de substitution aux importations a simplement êtê violêe parce que les diffêrentiels de prix,exprimês en dinars,entre la production importêe et la production locale êtaient extrëmement êlevês.On peut ajouter á ces distorsions la tendance des entreprises nationale á sur-stocker les piéces dêtachêes et les produits semi-finis importês,encouragêes en cela non seulement par la valeur ridiculement basse des devises exprimêe en dinars,mais êgalement par la quasi-automaticitê d'accés aux financements d'exploitation ou d'investissement dont ces entreprises jouissaient,et á des taux d'intêrët et des maturitês qui faisaient des crêdits provenant des banques comme du Trêsor en fait des subventions.

La sur-êvaluation du dinar a atteint son pic entre 1983 et 1986,dans la pêriode oú le dollar amêricain se renforèait sur les marchês financiers internationaux du fait d'une politique monêtaire restrictive du gouvernement des Etats-Unis.

Donc,la politique passive de taux de change n'a pas êtê sans nuire á l'êconomie du pays;elle a introduit des distorsions dans les importations en contradiction avec la philosophie d'industrialisation dêclarêe;elle a contribuê á l'êchec de cette politique et a donnê lieu á la multiplication des occasions de corruption.

Cette politique aurait pu rêussir si le pouvoir de crêer de la monnaie sans contre-partie en production ,ou seigneurage,n'avait pas êtê poussêe aux extrëmes par un rêgime

visiblement peu soucieux des consêquences d'une gestion "ubuesque" et "au jour le jour" de l'êconomie du pays.

On ne pouvait á la fois proclamer le principe de la stabilitê du dinar,considêrê comme le symbole de la souverainetê nationale et de la soliditê de l'êconomie algêrienne et,en mëme temps,êmettre de la monnaie au delá de la capacitê de l'êconomie de produire la contre-partie en biens et services.

Cet êtat de "sur-liquiditê" a atteint son sommet en 1985,lorsque la valeur de la monnaie disponible avait atteint 105 pour cent de la valeur de la production nationale.

Malheureusement,il a fallu non seulement que le prix des hydrocarbures s'effondre ,mais êgalement que les consêquences êconomiques et sociales de cet effondrement dêbouchent sur une crise politique grave,pour qu'enfin le probléme du taux de change du dinar soit abordê,de maniére prudente,d'abord,puis brutalement et sans nuance,mais "en cachette."

Comme d'habitude,on eut recours á des dêtours linguistiques pour dissimuler la gravitê de la situation êconomique et financiére du pays;l'êquipe des "rêformistes",qui a rêgnê entre septembre 1989 et juin 1991,a fait preuve d'une habilitê remarquable dans le choix des mots destinês á camoufler les changements abrupts et dêstabilisateurs introduits dans tous les aspects d'une politique êconomique erronêe á l'êlaboration et á l'exêcution de laquelle les membres les plus êminents de cette êquipe avaient jouê un rõle qui êtait loin d'ëtre nêgligeable.

Les responsables de la gestion de l'êconomie dans cette êquipe,voulant á tout prix êviter le mot de "dêvaluation"ont parlê d'abord de "glissement du dinar",puis "d'ajustement de la valeur du dinar au marchê," tout comme ils ont refusê le mot "rêêchelonnement ,"prêfêrant des termes aussi variês que "refinancement," "reprofilage," etc.

Le fait est qu'on ne peut pas longtemps utiliser le stratagéme du transfert sur le terrain linguistique du dêbat sur la situation êconomique et financiére du pays,d'autant plus que les crêanciers,de plus en plus effrayês par la dêtêrioration des finances extêrieures du pays,demandaient des mesures de stabilisation et d'ajustement qui impliquaient l'intervention simultanêe de la Banque mondiale et du FMI.

Pour ces deux institutions,il ne faisait pas de doute que la valeur officielle du dinar,minêe par une politique êconomique conèue et exêcutêe en dêpit du bon sens pendant plusieurs dêcennies,êtait loin de reflêter sa valeur rêelle,qui ,suivant

elles,êtait celle du marchê paralléle des changes,lêgalisê implicitement par les autoritês depuis 1982.

Lors des nêgociations secrétes menêes avec ces institutions entre juin et octobre 1990 sur un programme de restructuration et d'ajustement,les responsables êconomiques et monêtaires de l'heure acceptérent d'aligner le taux de change officiel du dinar sur son taux de change paralléle,qui êtait alors de 25 dinars pour un dollar fin septembre 1990,pêriode á laquelle les responsables de l'êconomie et du systéme monêtaire avaient donnê leur accord au programme.

Comme on le verra plus bas,c'êtait lá une dêcision lourde de consêquences, d'autant plus qu'elle êtait accompagnêe d'un accord de libêralisation,dans les six mois suivants,du commerce extêrieur,en fait,de libêralisation des importations,puisque les exportations,composêes á 98 pour cent d'hydrocarbures,êtaient ,et demeurent,sous le monopole de l'Etat,sans compter que leur composition est rigide.

Comme convenu avec la Banque mondiale et le FMI,et condition prêalable á la nêgociation finale d'un programme de stabilisation et d'ajustement,le cours officiel du dollar passe de 10,476 fin dêcembre 1990,á 15,889 dinars fin janvier 1991,puis á 16,595 dinars fin fêvrier et se stabilise aux environs de 17,8 dinars á partir de mars 1991;en trois mois,le dinar est donc dêvaluê de soixante dix pour cent,dont 52 pour cent ,sans que les autoritês monêtaires en fassent l'annonce officielle.

A cette dêvaluation "directe" s'ajoutait une surtaxe aux importations de 25 pour cent qui rêduisait d'autant le pouvoir d'achat extêrieur du dinar.

La crise de juin 1991 aboutit á l'êviction de l'êquipe des "rêformistes," et á la nomination d'un nouveau gouvernement,qui hêritait d'un projet de prët d'ajustement structurel de la Banque mondiale,d'un "accord de confirmation"(1) du FMI et d'un prët d'accompagnement de 100 millions de dollars á la Sonatrach,prët destinê á permettre,par l'audit des comptes de cette sociêtê nationale et l'approbation de son programme d'investissements,aux principaux crêanciers de s'assurer de la qualitê de la gestion du secteur des hydrocarbures,qui fournit la source quasi-exclusive de devises pour le remboursement de la dette algêrienne.

Il est á noter qu'á la date de l'investiture du Gouvernement, fin Juin 1991,les accords de prëts de la Banque venaient seulement d'ëtre adoptês par son conseil

d'Administration;or,ces accords,considêrês comme des traitês internationaux,devaient ëtre ratifiês par le chef de l'Etat avant de constituer un engagement international de l'Algêrie.

Quant au financement du FMI,il n'a pas la forme juridique d'un traitê;c'est seulement un document qui dêcrit les mesures monêtaires et budgêtaires que le gouvernement devait remplir pour avoir droit á acheter,avec la monnaie nationale,des devises auprés du Fonds.

Pour que tout doute soit êcartê sur la nature juridique de l'accord de confirmation,il est utile de citer la dêcision,datêe du 2 mars 1979,prise par le Conseil d'Administration de cette institution, et qui a dêfini le cadre gênêral de ce type d'accords:

"Paragraphe 3

"L'accord de confirmation n'est pas un accord international;aussi conviendra-t-il d'êviter que son libellê, ainsi que celui de la lettre d'intention, ait une connotation contractuelle."

Ainsi ce nouveau gouvernement s'est-t-il trouvê dans une situation idêale pour renêgocier ces diffêrents accords et parvenir á des conditions de financement moins contestables et plus efficaces que celle acceptêes par le gouvernement des "rêformistes"qui êtait mü essentiellement par la volontê de s'attirer ,en se soumettant totalement á leurs diktats,les bonnes grãces des pays crêditeurs et donc leur appui dans sa tentative d'organiser "un coup d'êtat en douce, " et sous le couvert des "rêformes êconomiques."

Ces renêgociations,justifiables par les êvênements de la pêriode,auraient permis au gouvernement de mieux comprendre les implications de la politique de "l'explosion originelle" adoptêe par le gouvernement prêcêdent,de revoir la conception,la forme et le calendrier des mesures de libêralisation exigêes par les deux institutions(2), de demander á ses crêanciers un moratoire du principal de la dette rêêchelonnable(ou refinanèable,si on veut!),et de mettre en place un "paquet" de financement extêrieur comportant non seulement les crêdits de la Banque et du FMI,mais êgalement les montants dêgagês par l'opêration d'allêgement de la

dette alors en nêgociation avec un certain nombre de banques êtrangéres, et le crêdit de 588,75 millions de dollars (500 millions d'êcus-European Currency Unit-au lieu du milliard d'êcus demandê par notre pays)promis en juillet 1991 par les chefs d'Etats et de Gouvernements de la Communautê Europêenne(3).

Ce nouveau gouvernement aurait ,ainsi, abouti ainsi á la synchronisation du dêblocage de ces diffêrents financements et donc donnant aux autoritês algêriennes la marge de manoeuvre financiére garantissant une vraie relance.La capacitê de "levier" de ces accords aurait ainsi êtê exploitêe dans toute sa plênitude.

Cependant,loin de saisir cette occasion,le prêcêdent gouvernement dêcida de prendre toutes les mesures de ratification des accords et de dêblocage du financement du Fonds,sans

mëme, semble-t-il,examiner les consêquences á la fois êconomiques, politiques et sociales des conditions liês á ces accords,et dont la mise á êxêcution accêlêrêe pouvait faire êchouer le processus êlectoral pour l'achévement duquel ce gouvernement avait êtê constituê.

Beaucoup de choses auraient changê dans l'histoire rêcente de notre pays,si le chemin de la renêgociation avait êtê suivi.

La dêmarche de la "fuite en avant" fut finalement adoptêe;elle consista á entamer la mise en place des conditions de dêblocage des financements de ces institutions,puis,une fois constatêes la portêe et les consêquences sêrieuses des conditions qui y êtaient attachêes,de renêgocier avec la Banque et le Fonds,mais essentiellement sur le mode d'atteinte de l'objectif d'alignement du taux de change officiel sur le taux de change paralléle.

Or ce point êtait marginal,une fois que la philosophie de base de la Banque et du Fonds en matiére de politique des changes êtait acceptê; la renêgociation devenait un simple exercice de futilitê, d'autant plus inutile qu'avait êtê annoncê dans la mëme pêriode un bouleversement total dans la politique algêrienne en matiére d'exploitation et d'exploration et de commercialisation des hydrocarbures,changement ,si ce n'est rupture avec une politique ênoncêe pendant la guerre de libêration nationale, prêsentê sans ambiguðtê comme une voie "royale" et quasi-instantanêe de sortie du piége de la dette extêrieure, mais, plus important encore dans le contexte de la stratêgie de restructuration de l'êconomie, changement qui laissait entendre que notre pays voulait se donner une large marge de manoeuvre

dans ses discussions avec les institutions de Bretton Woods et ses crêanciers, en se montrant prët á violer un des fondements de sa stratêgie de dêveloppement et de sa politique extêrieure, á savoir le contrõle total, direct, et sans compromis ni compromissions, de ses ressources d'hydrocarbures.

Finalement, le prêcêdent gouvernement brandit "une carte maïtresse", puis... se laissa convaincre de continuer le processus de dêvaluation accêlêrêe du dinar,avec la maigre concession d'un diffêrentiel de 25 pour cent entre le taux officiel et le taux paralléle tel qu'enregistrê fin septembre 1990.

Le dollar passe de 17,958 dinars fin Aoüt á 22,511 dinars fin septembre 1991(4),soit une dêvaluation supplêmentaire de 25 pour cent.La valeur du dinar avait donc chutê de 115 pour cent sur une pêriode de 9 mois.

L'ironie dans ce programme de "stabilisation,"qui a rendu la marge de manoeuvre du gouvernement dans le domaine du taux de change trés êtroite,si ce n'est nulle,c'est que l'opêration de financement du FMI s'est finalement soldêe par un dêficit de 30.900.000 dollars au dêtriment de l'Algêrie qui,dans les deux annêes que le programme a chevauchêes,a remboursê au Fonds 330.900.000 de dollars et a reèu de lui 300.000.000 de dollars.

Outre les conditions attachêes au programme,ce transfert nêgatif (montant provisoire puisque nous devons encore rembourser les crêdits de cette institutions encore en encours plus les intêrëts)donne une idêe du niveau de compêtence technique de l'êquipe qui a nêgociê la mise de notre êconomie sous la tutelle conjointe de la Banque et du FMI!

Si l'on s'en tient aux prêmisses de la politique de taux de change prõnêe par la Banque et le FMI,l'Algêrie n'est pas prëte de sortir du cercle vicieux de la dêvaluation,sans mëme avoir eu la consolation d'un financement gênêreux et positif du FMI!Et le gouvernement actuel pourra-t-il rêsister aux pressions de ces deux institutions,tout en ayant dêcidê de formaliser le fonctionnement d'un double marchê des changes?

(1)1 .- Les statuts du FMI dêfinissent ainsi les accords de confirmation:

"Article XXXb-Par accord de confirmation,il faut entendre une dêcision par laquelle le Fonds donne á un membre l'assurance qu'il pourra,conformêment á ladite dêcision,effectuer des achats au Compte des ressources gênêrales pendant une pêriode spêcifiêe et jusqu'á concurrence d'un montant spêcifiê."

(2)2 .-Il faut noter que toutes les mesures fiscales,budgêtaires et monêtaires prêvues par l'accord de

confirmation avec le FMI devaient ëtre prises dans l'espace de 9 mois (Premier juillet 1991-31 Mars 1992),pêriode anormalement courte;le paragraphe 2 de la dêcision du Conseil d'Administration du Fonds,datêe du 2 Mars 1979,et dêjá citêe,prêvoit que "la durêe normale d'un accord de confirmation sera d'une annêe.Toutefois,elle pourra ëtre prolongêe si un pays membre en fait la demande et si le Fonds estime que cette prolongation est nêcessaire pour permettre á ce pays d'appliquer avec succés son programme d'ajustement."Donc,mëme si l'on s'en tient aux "régles de jeu" du Fonds,il y avait matiére pour le gouvernement de cette pêriode á amêlioration dans les termes de l'accord de confirmation!

(3)3 .-Ce crêdit,ramenê finalement á 400 millions d'êcus ou 471 millions de dollars,mobilisables en deux

tranches respectives de 250 millions d'êcus et 150 millions d'êcus,dêbloquables concomitamment avec la troisiéme et la quatriéme tranche de l'accord de confirmation du FMI,datê du 3 juin 1991,ne devait ëtre officiellement approuvê par les ministres des finances de la Communautê Europêenne que fin septembre de la mëme annêe,et n'a commencê á ëtre tirê que dêbut janvier 1992.

(4)4 .-On sait que,conformêment á l'accord avec le FMI,et comme condition du dêblocage par cette

institution de la seconde tranche de l'accord de confirmation,d'un montant de 75 millions de DTS ou 100 millions de dollars,une dêvaluation de 22 pour cent avait êtê annoncêe par le Gouvernement le 30 Septembre 1991.