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Table des
Matières

Chapitre Premier

Chapitre Deux

Chapitre Trois

Chapitre Quatre

Chapitre Cinq

Chapitre Six

Chapitre Sept

Chapitre Huit

Chapitre Neuf

Chapitre Dix

Courrier


Démocratie


VI. EFFONDREMENT ECONOMIQUE INTERIEUR=MARGINALISATION POLITIQUE INTERNATIONALE

Lorsqu'on a suivi de prês pendant longtemps les rêunions annuelles conjointes de la Banque mondiale et du FMI,on est tentê de se demander á quoi elles servent exactement et l'on constate avec un sentiment d'angoisse teintê d'impuissance que "plus èa change,plus èa recommence."

Si l'on compare la scéne politique,êconomique et monêtaire internationale á la veille de la rêunion de Bangkok ,qui s'est tenue fin septembre 1991,avec les êvénements entourant l'assemblêe annuelle de 1992,on a l'impression que le monde est passê par une rêvolution qui a profondêment,et pour l'êternitê,bouleversê sa face.

En 1991,et jusqu'á fin dêcembre,l'Union soviêtique êtait encore une rêalitê politique et militaire,en êtat de dêchêance,certes,mais avec laquelle il fallait compter malgrê ses multiple problémes;les pays occidentaux nageaient dans l'euphorie á la fois politique et êconomique ,sentiment normal qui prêdomine á la veille d'une grande victoire.

Aujourd'hui un des deux põles de puissance a êtê remplacê par une multitude d'êtats,sous le chapeau plus ou moins lãche de "Communautê des Etats Indêpendants" (C.E.I.);l'êquation politique internationale se trouve brusquement á la fois simplifiêe et plus complexe;simplifiêe dans la mesure oú,sur le "ring mondial"il ne reste plus qu'un seul champion qui,sous couvert du slogan du "nouvel ordre mondial" veut imposer sa propre vision et ses propres prioritês qu'elles soient stratêgiques ou simplement conjoncturelles;plus complexe dans la mesure oú tous les conflits latents,d'ordre politique,êconomique,commerciaux,financiers,et monêtaires,longtemps estompês du fait de la guerre froide,remontent á la surface,donnant l'impression qu'on est brusquement revenu au

bon vieux temps de la pêriode d'entre les deux guerres mondiales.

L'aire de paix europêenne devient une fois de plus une "foire d'empoigne";le vieux probléme des Balkans,qui avait surgi á la suite de l'effondrement de l'Empire ottoman resurgit avec violence,êvoquant le spectre du fanatisme politique,religieux et racial qui secoue l'Europe de temps á autre,et a donnê tour á tour les Croisades,le massacre et l'expulsion des communautês religieuses minoritaires,maintes fois rêpêtês au cours des siécles,le Colonialisme,qui a atteint le sommet de l'infamie avec le traitê de Berlin de 1885(1),accompagnê de la mise en esclavage et du transfert vers d'autres continents de nations entiéres et finalement le Nazisme,synthése de la folie de la "puretê" raciale qui se retrouve dans les opêrations de "nettoyage êthnique" menêes actuellement dans l'ex-Rêpublique Fêdêrative de Yougoslavie,mais quis se reproduisent,sous une forme plus ou moins brutale dans d'autres pays europêens;les arrangements territoriaux pêniblement êtablis á la suite des deux guerres mondiales,s'effritent;mëme un pays d'apparence uni "pour le meilleur et pour le pire" comme la Tchecoslovaquie s'aperèoit qu'en fait il comprend deux parties qui se sentent n'avoir que peu de choses en commun,malgrê une faèade longtemps prêservêe,de parfaite harmonie.

L'Europe des Douze,encore une rêalitê et une certitude hier,semble aujourd'hui menacêe de disparition,car le vaincu d'hier,l'Allemagne,êmerge,dans un contexte oú l'êconomique tient le haut du pavê,comme la puissance autour de laquelle les autres membres de la communautê doivent accepter de graviter ou se rêsigner á s'en êloigner;l'Europe doit-elle soit ëtre "le Saint Empire Romain Germanique",un vieux rëve -ou un cauchemar comme le penseraient certains-enfin rêalisê,avec comme capitale,non plus Aix-La-Chapelle,comme au temps du "bon vieux roi Charlemagne,"mais Berlin,comme monnaie l'Ecu,qui n'est rien d'autre que le mark allemand sous un autre nom,comme banque centrale la Bundesbank rebaptisêe "banque centrale de l'Europe",soit ëtre vouêe á disparaïtre,ayant jouê son rõle historique de bouclier avancê amêricain contre l'Union Soviêtique et de vitrine du libêralisme dirigiste d'Etat opposê au systéme de gestion centralisêe de l'êconomie qui caractérisait les ex-pays socialistes?

Les Etat-Unis,qui ont enfin pris le contrõle direct des principales ressources ênergêtiques,á l'occasion du prêtexte de la dêfense de l'Etat koweitien contre le "mêchant loup" irakien,sont trop occupês á garder leur proie,acquise avec l'argent des autres(puisque toute la guerre du Golfe a êtê financêe par leurs Alliêes) et á êlire un nouveau Prêsident,pour se dêfinir un nouveau rõle qui aille au-delá de l'exploitation du vide politique crêê par la disparition de l'Union Soviêtique.

Paradoxalement la guerre contre l'Irak n'annonce pas un nouvel ordre international,mais le maintien et le renforcement du statu- quo dans une rêgion stratêgique vitale pour tout l'Occident,rendant trés faible l'espoir d'une paix juste et êquitable au Moyen- Orient.

Le Japon,hyper-puissance êconomique,ne parvient pas encore á transformer cette puissance en prêsence politique et se contente de rêagir avec pragmatisme á la nouvelle donne internationale.

Quant aux pays en voie "permanente" de dêveloppement,ils donnent l'image d'un conglomêrat sans poids rêel dans les affaires du monde,enfermês qu'ils sont dans des problémes que des systémes politiques personnalisês,et fondês sur le pillage des ressources nationales par des minoritês qui ne se rêclament d'une idêologie que pour cacher leur êgoðsme mortel pour leur peuple et suicidaire pour elles.

Le mouvement des "Non-Alignês" a eu,três souvent au cours de ces deux derniéres annêes,l'occasion de prouver son incapacitê á jouer un rõle quelconque sur l'aréne internationale;il n'est qu'une faèade qui cache mal le dêsarroi de ses pays-membres brusquement rêduits á ëtre de simples têmoins d'un monde de plus en plus hostile á l'ineptitude,l'inefficacitê et la corruption des gouvernants,et oú seul compte le poids êconomique de chacun des acteurs,poids que ne donnent pas les slogans,si attrayants et si dêmagogiques soient-ils.

Il êtait nêcessaire de brosser,á grands coups de

pinceaux ,cette toile de fonds de la scéne internationale,oú l'êconomique et le politique sont si êtroitement imbriquês que l'on ne peut les sêparer,par un exercice d'abstraction,que pour les besoins de l'analyse et pour rendre le discours plus clair et mieux organisê,c'est-á-dire plus comprêhensible.

L'êconomique domine,et en fait,conduit le politique et derriére chacun de ces dêveloppement se cachent des problémes êconomiques,en fait les rêponses aux deux questions suivantes:qui profite le plus des de l'exploitation des ressources nationales? Comment organiser les affaires du monde pour qu'un pays ou un groupe de pays tirent le maximum d'avantages des relations êconomiques internationales?

Les assemblêes gênêrales de la Banque Mondiale et du FMI ne sont que des reflets des luttes et des tensions entre individus et entre groupes d'intêrëts et catêgories sociales(ou classes)á l'intêrieur d'un pays,et entre pays, pour imposer á ces questions

les rêponses qui leur sont les plus favorables.

Les discussions qui se tiennent dans ces arénes ne sont que des tentatives d'aboutir pacifiquement(en apparence du moins,car l'ordre êconomique international actuel est le rêsultat,non de nêgociations,mais de la Seconde Guerre mondiale,puis de la Guerre dite "Froide" qui l'a suivie) á des solutions qui corroborent le fait accompli des plus forts tant au niveau national qu'international.

Parmi les multiples problémes qui prêsentent un caractére d'urgence,parce qu'ils menacent le statu-quo de l'appropriation des ressources naturelles ou crêêes par les activitês de productions,trois ont figurê en prêêminence dans le calendrier de travail de cette Assemblêe annuelle,et continuent á dominer la scéne êconomique internationale: la situation sur les marchês monêtaires internationaux,l'organisation du commerce international,la situation êconomique et financiére des ex-pays socialistes et plus particuliérement l'êtat de la dette des pays de la Communautê des Etats Indêpendants .Ces trois question seront prêsentêes ici de maniére succincte.

-La situation sur les marchês monêtaires internationaux.

Il y a,en fait,trois pays qui dominent la scéne monêtaire internationale:les Etat-Unis,le Japon et l'Allemagne; qu'elle soient librement convertibles ou non,qu'elles soient indexêes directement sur ces monnaies-clefs ou sur un panier de monnaie dans lesquelles ces trois devises jouent obligatoirement un rõle important,puisqu'á elle trois elles reprêsentent soixante dix pour cent des transactions internationales,toutes les autres monnaies subissent les variations du pouvoir d'achat international de ces monnaies,qui est liê á l'êtat des êconomies de ces trois pays-põles et aux politiques adoptêes par leurs gouvernements dans les domaines budgêtaires,fiscaux et du crêdit intêrieur pour relancer leur production,en cas de rêcession,ou ralentir leur croissance en cas de "surchauffe" et d'inflation.

Si la conjoncture dans ces trois pays est en phase,c'est-á- dire si toutes trois connaissent une croissance synchronisêe non accompagnê d'inflation,qui ne peut se produire que dans le cas oú elles n'ont pas atteint le plein emploi de leur capacitê de production,l'ordre régne sur les marchês monêtaires internationaux.Aucune de ces trois êconomies n'a besoin,dans cette situation idêale, de recourir á des mesures visant soit á freiner,soit á accêlêrer leur croissance,mesures qui,dans le premier cas,prennent la forme de restrictions de crêdits par l'augmentation des taux d'intêrëts qui renchêrissement des financements á caractére productif ou de consommation et la diminution du dêficit budgêtaire de l'Etat,et dans le second cas

la forme de facilitês de financement par une rêduction des taux d'intêrëts et l'accroissement des dêpenses publiques.

Ce qui a produit la tourmente actuelle sur les marchês monêtaires,c'est le fait que ces trois êconomies dominantes suivent actuellement des directions divergentes les amenant á prendre des mesures qui poussent les autoritês monêtaires des pays á monnaies convertibles á prendre des contre-mesures de dêfense de la stabilitê de leur monnaie,mais au prix du ralentissement de leurs êconomies.

En fait,les actions de l'Allemagne,du Japon et des Etat- Unis,destinêes á corriger des dêsêquilibres internes consêquences de politiques êconomiques peu "orthodoxes" de la part de leurs gouvernements,obligent les êconomies des autres pays á prendre en charge une partie des coüts de ces opêrations de "rêêquilibrage."

Le probléme du Japon est la correction de l'effet de "bulle" crêê dans l'êconomie par la spêculation sur le marchê boursier;malgrê une croissance soutenue de l'êconomie,poussêe par une augmentation constante des exportations,la valeur boursiére des actions êmises par les compagnies japonaises êtaient trop êlevêes par rapport á la capacitê de ces compagnies de gênêrer les bênêfices que reflétent la cotation en bourse de ces actions.Car,en fait,et ceci ne doit pas ëtre perdu de vue,cette cotation n'est que la valeur actualisêe des dividendes,projetêe sur une pêriode de temps infinie,que les compagnies concernêes peuvent faire gagner á leurs actionnaires;et ces dividendes ne sont rien d'autre qu'une partie des bênêfices tirês de leurs activitês de production de biens ou services.

Pour êviter l'effondrement financier de ces entreprises,le gouvernement japonais a êtê obligê de mettre au point un programme de dêpenses publiques les aidant ainsi,indirectement et par l'encouragement á la consommation publique et privêe et des investissements dans les infrastructures sociales três dêficientes par rapport au niveau de dêveloppement du pays,á restructurer leurs finances,á relancer leurs investissements et á êtablir la croissance sur la base de la consommation intêrieure,et non plus sur la base des exportations;pour cela,il a du accroïtre son dêficit,en fait lancer des emprunts importants,qui ont eu pour effet de faire pression á la hausse sur le taux d'intêrët du yen,rendant cette monnaie attrayante aux vues des spêculateurs êgalement intêressês á acheter des actions de sociêtês japonaises,particuliérement bon marchê,du fait du retournement de tendance sur la bourse de Tokyo,mais appelêes á augmenter en valeur rapidement en consêquence de l'aide gouvernementale japonaise,qui a êtê fixêe á 84 milliards de dollars(l'êquivalent de deux fois le Produit Intêrieur Brut

algêrien).Le Japon a pris ces mesures pour rêorienter son êconomie vers la satisfaction des besoins intêrieurs tout en assainissant la situation financiére de son secteur productif.

De l'autre cõtê,le gouvernement amêricain avait un probléme êconomique diffêrent,qui coðncidait avec la pêriode des êlections prêsidentielles;l'êconomie êtait tombê en rêcession depuis fin 1989;tous les indicateurs êtaient au rouge:le chõmage s'accroissait,quoique lentement;le dêficit de la balance commerciale s'approfondissait malgrê la perte de valeur du dollar sur les marchês internationaux;les investissements se rêduisaient;la consommation intêrieure,qui est le principal moteur de l'êconomie amêricaine,se ralentissait parce que les consommateurs avaient de moins en moins confiance dans l'êtat de l'êconomie et avaient tendance á moins dêpenser.

Il s'agissait pour le gouvernement amêricain de relancer á la fois les investissements et la consommation;il fallait donc encourager les emprunts par une rêduction des taux d'intêrëts,en fait en diminuant le coüt des ressources á court terme que les banques êtaient appelês á demander,de temps á autres,auprés de la Banque centrale amêricaine(le Federal Reserve Board ou FED).

En une annêe,les taux d'intêrëts sur le dollar furent divisês par deux,mais,apparemment en vain;l'êconomie amêricaine tardait á rêagir.Consêquence de cette rêduction des taux d'intêrët,le dollar comme monnaie de placement devenait peu attrayante;moins demandêe sur les marchês monêtaires internationaux,sa valeur tombe.Comme de nombreuses banques centrales gardent essentiellement du dollar dans leurs rêserves,du mëme coup la valeur de ces rêserves,qui constituent une des contre-parties de l'êmission de leur propre monnaie,diminue;d'oú pression á la baisse sur le taux de change de ces monnaies.Mais en mëme temps,les dêtenteurs de dollars,que ce soit les particuliers ou les institutions financiêres de tout type, essayent de convertir ces avoirs en monnaies á taux d'intêrëts êlevês,d'oú pression á la hausse de ces monnaies.

De l'autre cõtê,les valeurs boursiéres en dollars deviennent bon marchê pour les dêtenteurs de liquiditês en monnaies fortes.La demande de ces valeur augmente,ce qui en accroit les prix sur les marchês boursiers oú elles sont cotêes.

Cet ensemble de dêsêquilibres causês par une dêcision destinêe á rêgler des problémes êconomiques internes amêricains a tendu á s'auto-alimenter et á avoir des effets sur des monnaies qui sont normalement protêgêes des contre-coups directs des fluctuations du dollar,et particuliérement les monnaies du Serpent Monêtaire Europêen(SME).

Comme ces monnaies,qui sont supposêes fluctuer en diapason,sont adossêes á des êconomies diffêrentes dans leur structures,quoique tendant á converger,les effets de la fluctuation du dollar les dirigent ,suivant les cas,soit vers la dêvaluation,soit vers la rêêvaluation.

Le dêsordre monêtaire s'en suit;certaines autoritês monêtaires doivent augmenter á des niveaux extrémement êlevês leurs taux d'intêrët et prendre des mesures drastiques de rêduction de leurs dêpenses publiques,pour dêfendre la valeur de leur monnaie dans le serpent et respecter les marges de fluctuations auxquelles elles sont soumises du fait des accords du SME.

La situation devient encore plus compliquêe des retombêes de la stratêgie suivie par le gouvernement allemand pour financer la mise rapide de l'êconomie de l'ex-Rêpublique Dêmocratique Allemande au niveau de l'êconomie du reste de l'Allemagne unifiêe.

Le gouvernement allemand a choisi d'emprunter pour assurer le financement de la restructuration de l'êconomie de l'est du pays,au lieu d'augmenter les impõts,ce qui n'est jamais une mesure três populaire.

Comme les montants á mobiliser sont de l'ordre de cent milliards de dollars par an,les effets des emprunts n'ont pas manquê d'ëtre ressentis sous forme d'augmentation des taux d'intêrëts,d'autant plus que,fidéle á sa politique de stabilitê des prix,le gouvernement allemand tenait á maintenir le taux d'inflation au niveau le plus bas possible,compte tenu de la pression sur l'appareil de production et des effets de consommation liês á l'injection de ces milliards de dollars dans le marchê intêrieur allemand.

Cette augmentation des taux d'intêrët a rendu le mark particuliérement attrayant pour les investisseurs á la recherche de placements sürs et productifs d'un rendement êlevê.Le mark se rêêvalue peu á peu par rapport au dollar,ce qui en soit n'a pas d'autre effet immêdiat que de rêduire les exportations de produits allemands vers les USA,avec des effets nêgatifs sur l'appareil de production allemand qui ne sont ressentis que dans le court terme lointain(de trois á six mois),mais aussi par rapport aux autres monnaies du SME,dont les autoritês sont obligêes de rêagir par la fuite en dêgageant temporairement leur monnaie du serpent,comme l'ont fait l'Italie,l'Espagne et la Grande Bretagne,soit par la dêfense en rachetant leur monnaie avec les marks qu'elles ont dans leurs rêserves ou en s'entendant avec la Bundesbank pour qu'elle achéte leur monnaie,soit par

l'attaque en augmentant fortement leurs taux d'intêrët pour freiner,mais au coüt d'une rêcession dans le court terme,la fuite de leur monnaie en faveur du mark.

Quels effets cette situation a-t-elle sur notre propre êconomie?

La dêvaluation du dollar rend nos êquilibres extêrieurs particuliérement prêcaires,car elle aboutit á une rêduction du pouvoir d'achat de nos recettes d'exportations,donc du niveau de nos importations qui subissent une compression encore plus forte que celle recherchêe;notre pays est dans la pire des situations possibles;pratiquement cent pour cent de ses recettes d'exportations sont en dollars,alors que les importations payêes en cette monnaie ne dêpassent pas dix pour cent de nos importations totales.

En fait,la perte de valeur du dollar sur les marchês internationaux a rêduit la valeur de nos importations de trois(3) fois en termes rêels entre 1985 et 1991,alors qu'en termes nominaux cette rêduction n'a êtê que de 40 pour cent(2).Cela donne une idêe de l'ampleur de l'ajustement(3) auquel est soumise notre êconomie et qui explique la vanitê de tous les efforts de relance(4).

D'autre part,toute dêvaluation du dollar aboutit á la rêêvaluation du poids de notre dette;plus la valeur du dollar par rapport aux monnaies d'endettement de notre pays est faible,plus le stock de la dette s'êléve,plus s'accroït le service de notre dette- mëme si les taux d'intêrët des monnaies empruntêes n'augmentent pas- et ce sans mëme que nous ayons á emprunter un seul sou supplêmentaire .

Les effets de cette tourmente,qui n'est pas prês de s'estomper,sur l'êtat de notre balance commerciale-envisagêe dans sa relation avec la croissance de notre production et non pas en terme de surplus ou de dêficit qui en eux-mëmes ne veulent rien dire-comme sur notre endettement,sont essentiellement nêgatifs.

Plus encore,les mesures que les pays industrialisês ont prises,et continuent de prendre,pour rêtablir l'ordre dans les marchês monêtaires,sont de nature á rêduire la croissance dans ces pays,donc l'utilisation d'ênergie,oú le pêtrole et le gaz,ont un rõle important;d'oú pression á la baisse á la fois en prix et en quantitê,sur le marchê des hydrocarbures.

La demande de ces matiéres premiéres se rêduisant,de moins en moins de compagnies pêtroliéres s'engageront dans des opêrations á long terme d'exploration et d'exploitation pétroliêre,jusqu'á ce que la conjoncture internationale prenne une direction ferme vers la reprise êconomique.

Cette êvolution des choses met en danger toute la politique actuelle de sortie de la dette qui consiste á accêlêrer l'exploitation de nos hydrocarbures pour dêgager les moyens financiers nêcessaires á la croissance et au dêsendettement.

Donc,il est difficile de parier sur la rêussite du programme gouvernemental,aussi rêaliste soit-il,car il est essentiellement destinê á rêduire l'endettement extêrieur par une compression encore plus forte des importations;et les perspectives d'amêlioration de la situation êconomique et financiére,et donc de l'êtat social et politique,de notre pays,qui sont tributaires des dêcisions des principaux pays industrialisês,deviennent nêbuleuses,et pourraient devoir ëtre rêvisêes,explicitement ou implicitement,alors qu'elles n'ont êtê annoncêes que dans la troisiéme semaine de septembre 1992.

Espêrons que les responsables de l'êconomie ont lu avec attention le communiquê du groupe des Sept,qu'ils ont en tirê les conclusions pratiques nêcessaires,et qu'ils suivent l'êvolution des perspectives êconomiques dans les pays de nos principaux partenaires,et plus particuliérement la France,l'Italie,l'Espagne et l'Allemagne,qui pourraient ëtre conduits á rêduire les crêdits commerciaux qu'ils garantissent,et qui donnent lieu á des engagements budgêtaires qu'ils ne peuvent plus assumer.

L'organisation du commerce international

Il y a une thêorie(5),datant du dêbut du dix-neuviéme siécle et conèu par l'êconomiste anglais David Ricardo,"pére," avec Adam

Smith, de la doctrine êconomique libêrale qui domine actuellement la pratique êconomique internationale,sous le nom de "Nêo- libêralisme",thêorie suivant laquelle chaque pays accroit au maximum possible sa richesse lorsqu'il se spêcialise dans les productions oú il a un avantage comparatif particuliérement important,qu'il peut donc produire á des coüt moins êlevês que ses concurrents êtrangers,soit du fait la disponibilitê de ressource naturelles,soit du fait de concours historiques,soit du fait de sa position gêographique,ou de la combinaison de ces êlêments et d'autres.

Plus les coüts de production d'un bien quelconque sont faibles dans un pays,plus ce pays a intêrët á en produire et á en exporter,accroissant le montant des bênêfices qu'il en tire.La politique êconomique de ce pays doit,suivant les avocats de cette thêorie,viser á accentuer ses avantages comparatifs;par exemple,s'il dispose d'une main d'oeuvre abondante,il doit s'engager dans les industries á forte demande de travail manuel,et rêduire le coüt,en devises,de cette main d'oeuvre en poursuivant une politique systêmatique de sous-êvaluation de sa monnaie nationale;plus il dêvalue,plus ce pays est prospére,disent les tenant de cette êcole.

A l'inverse,ce pays ne devrait pas se lancer dans des productions qu'il peut acquêrir á l'êtranger á moindre coüt;lá aussi la faible valeur de sa monnaie a un effet dêterrant.

Cette thêorie n'est,malheureusement,qu'une thêorie ,sauf qu'elle fait partie du "credo"de la Banque mondiale et du FMI,credo imposê avec le fanatisme de "fondamentalistes de l'ultra libêralisme."Si ce credo est mis en application par tous les pays du monde,sans qu'aucun d'entre eux ne triche,le chocolat "belge"ne pourrait ëtre produit qu'au Ghana,en Cõte d'Ivoire ou dans tout autre pays de cacao;toutes les raffineries et les industries pêtrochimiques seraient implantêes uniquement dans les pays producteurs d'hydrocarbures et prês des gisements;les raffineries de Rotterdam seraient transferrêes,par exemple á Hassi Messaoud;les quatre seuls grands producteurs de blê seraient le Canada,les Etat- Unis,l'Argentine et l'Australie;la Bauce,plaine franèaise fameuse pour son blê,serait transformêe en vaste parc d'attraction;la ville de Dêtroit,capitale internationale de l'automobile,serait rasêe et seules des voitures japonaises ou corêennes circuleraient dans les rues d'Alger,de Paris,de Rio ou de New York,etc.

C'est lá une prêsentation de cette thêorie qui apparaït quelque peu caricaturale;on en rirait mëme si la Banque mondiale et le FMI ne tentaient d'appliquer,sans nuances et sans compromis,cette thêorie aux pays en voie de dêveloppement,et mëme

á notre pays, qui vit actuellement au rythme des dêcisions de ces institutions internationales.

Quant aux pays industrialisês,qui dominent le commerce et la production industrielle internationale,ils n'ont qu'une foi três limitêe dans cette thêorie,qu'ils appliquent á leur faèon par des politiques qui leur permettent de crêer des avantages comparatifs mëme dans le traitement des matiéres premiéres en provenance des pays en voie de dêveloppement.

Pour parvenir á cette situation inversêe des avantages comparatifs,outre le slogan de "libêralisation du commerce extêrieur" auxquelles ils souscrivent volontiers tant que celle-ci est appliquêe uniquement et unilatêralement,par les diktats de la Banque mondiale et du FMI,aux pays pauvres,les pays riches ont une panoplie de mesures qui s'inspirent hypocritement du GATT,accord gênêral sur le commerce international et les tarifs,supposê destinê á encourager la libre circulation des biens et services á l'êchelle internationale.

Certaines de ces mesures sont tarifaires et sont destinêes á dêcourager,en frappant leurs exportations de produits semi-finis ou finis de tarifs ajustêes á leur degrê de finition,(6)les pays producteurs de matiéres premiéres ou de produits tropicaux,á crêer des industries de transformation de ces produits et donc á internaliser la valeur ajoutêe qui en est extraite.D'autres mesures,qui violent la régle(7) de non-imposition de limitations quantitatives aux importations,forcent les pays pauvres á auto- limiter leurs exportations vers ces pays riches de produits dans lesquels ils ont un avantage comparatif êlevê du fait du faible coüt de leur main d'oeuvre-produits textiles en particuliers.

Il y a êgalement une panoplie de mesures supplêmentaires á caractére non tarifaire:régles spêciales plus ou moins obscures,á suivre en matiére d'hygiéne des produits á importer,en matiére de "design",de port d'entrêe, de dêfinition de leur nom ou de leur composition,de leur emploi,etc.qui en dêcouragent l'importation en rendant le coüt de leur administration prohibitif pour les pays pauvres.

Sans compter les subventions de toutes formes,et de tout type,accordêes á tous les secteurs productifs sans exception,depuis les exonêrations fiscales,aux versements en

liquides,aux taux d'intêrëts bonifiês,systëme appliquê par les tous les pays industrialisês et qui ont pour effet final de rêduire le coüt effectif de la production á la charge des producteurs et d'en l'importation difficilement concurrentielle,et donc d'en bloquer la production dans les pays non industrialisês qui ne possëdent pas un marchê intêrieur suffisamment large pour soutenir ces produits,bien qu'ils bênêficient d'avantages comparatifs dans leur production. A cette panoplie,qui apparemment n'est pas suffisante pour protêger la production des pays industrialisês,s'ajoutent les régles anti- dumping utilisêes-usêes et abusêes-par ces pays en application de l'accord du GATT.

On pourrait s'exclamer,á la lecture de toutes ces restrictions que les pays industrialisês mettent á leurs importations,restrictions qui font de la fameuse thêorie dêjá explicitêe un voeu pieux:mais que les pays en voie de dêveloppement fassent la mëme chose!

Hêlas!Le probléme n'est pas aussi simple que cela,car la majoritê de ces pays ont,en fait,confiê la conception de leur politique êconomique á la Banque mondiale et au FMI;ces deux institutions,pour toutes sortes de raisons,interdisent á ces pays,lourdement endettês et donc soumis aux diktats des crêditeurs dont celles-ci ne sont que les agents d'exêcution,d'utiliser ces mesures,et les forcent á soumettre leurs êconomies "á la concurrence internationale"que les pays industrialisês font tout pour êviter,pour dêfendre ainsi leur prospêritê,exportant la misére et important la richesse.

Au cours de cette Assemblêe,beaucoup de belles dêclarations ont êtê solennellement prononcêes sur la nêcessitê de libêraliser le commerce international pour "rêpandre la prospêritê" selon un slogan maintenant usê,mais,finalement,les pays industrialisês continueront á demander aux pays les plus pauvres de continuer "á tirer les premiers."

En fait,l'Uruguay Round,dont la clõture a êtê annoncêe plus

d'une fois,et qui est supposê aboutir á une circulation plus fluide des marchandises et des services sur les marchês internationaux,bute sur le probléme des mesures de protection de leur industrie et de leur agriculture que les pays industrialisês utilisent pour dêfendre leurs marchês;les pays les plus pauvres,quant á eux,ne sont impliquês que marginalement dans ce dêbat de "riches"parce qu'ils ont pris toutes ces mesures de "mise de leurs prix intêrieurs" au niveau des prix internationaux,non dans le cadre de nêgociations d'Etat á Etat,tous souverains,mais entre des fonctionnaires internationaux et leurs gouvernements.

Il ne faut donc pas s'attendre á un progrés quelconque,qui consisterait en une libêralisation symêtrique du commerce extêrieur des pays sous programme du FMI et de la Banque mondiale,en mëme temps que de celui des pays industrialisês,qui savent que mëmes leurs êconomies ne pourront rêsister au choc d'une brusque suppression de toutes les subventions et de toutes les barriéres aux importations,suppression imposêe avec allêgresse aux pays sous couvert de stabilisation et d'ajustement de leurs êconomies.

D'ailleurs,lá,la dêmocratie libêrale est une arme de dêfense imparable:toutes les importantes dêcisions êconomiques,dont la libêralisation du commerce international,la rêduction ou la suppression des subventions á l'industrie et á l'agriculture,le rêajustement des taxes et tarifs,doivent ëtre soumises á des parlements dans les pays riches,alors que dans les pays pauvres,le peuple est parfois mëme tenu dans l'ignorance des accords pris par des gouvernements qui se sont arrogês le droit d'engager unilatêralement leur peuple dans les pires des dêtresses êconomiques et sociales,sans souci des consêquences de leurs engagements,et sans considêration de leur crêdibilitê,qui implique un systéme de jugement pêriodique des rêsultats de leurs politiques et la possibilitê pour eux de perdre le pouvoir á terme.

En fait,três souvent,trop souvent mëme,ces "responsables" politiques ne "rêpondent" de leurs actes et de leurs dêcisions,si malencontreuses soient-elle,devant aucune instance totalement indêpendante d'eux;aussi est-il difficile d'appliquer le terme "responsables" pour qualifier la position qui leur permet de dêcider.

On voit lá combien les systémes politiques ont d'influence sur la prospêritê et le bien-ëtre des peuples.

La situation financiére des ex-pays socialistes

Elle est bien finie,la pêriode d'euphorie qui a suivi l'effondrement du bloc socialiste et la mise en place d'êconomies de marchê dans les pays qui,pendant 40 annêes,avaient connu le centralisme,avec ses dêfauts,et particuliérement la rêpression de la libre expression des opinions,et ses qualitês,particuliérement le systéme de protection sociale et de promotion populaire qui constituent des acquis dêfinitifs pour leurs citoyens.

On s'aperèoit maintenant que,tous comptes faits,"la Voix de l'Amêrique"mentait et que tout ce qu'elle racontait sur les effets miraculeux du passage á l'êconomie de marchê,et en particulier l'accés á la corne d'abondance des Trêsors des pays

industriels,n'êtait en fait que de la bonne propagande dans cette guerre a multiple facette que se livraient les deux blocs.

Effectivement,les Etats de l'Europe de l'Est reèoivent une aide financiére importante des pays occidentaux;mais elle est loin du niveau requis pour êviter á ces pays,qui hêritent d'un outil de production bãti sur une logique êconomique sans rapport avec l'êconomie de marchê,mëme si cette logique tenait dans son contexte d'êquitê avant l'efficacitê,outil obsolête par dêfinition et qui doit ëtre rebãti dans le nouveau contexte de libertê des transactions et des prix.

En fait,si on veut savoir ce que coüterait rêellement le passage d'un pays ex-"socialiste" á l'êconomie de marchê,sans trop de problémes et sans un excés d'appauvrissement des populations,il faudrait prendre comme rêfêrence l'opêration d'intêgration de l'ex- RDA á l'Allemagne unifiêe.

Il ne faut pas oublier que l'Allemagne de l'Est,si sous- dêveloppêe apparaït-elle maintenant,au regard de l'ouest du pays,êtait la onziéme puissance industrielle du monde,avec une population quasi-stationnaire de 17 millions d'habitants.Et ,pourtant,malgrê un effort de financement formidable,de l'ordre de 100 milliards de dollars par an,malgrê une main d'oeuvre trés qualifiêe,un appareil administratif compêtent et fondê sur des régles de gestion en maturitê constante depuis le grand Frêdêric II,c'est-á-dire depuis la fin du dix-huitiéme siécle,c'est avec beaucoup de peines et de souffrance que l'Est se met pêniblement au diapason de l'Ouest;et les dêlais de mise á niveau risquent d'ëtre plus longs que prêvus.

Les pays industrialisês,qui ont fait toutes sortes de promesses pour extraire ces Etats du bloc socialiste,se rendent compte que la tãche n'est pas aisêe,qu'il ne suffit pas de proclamer la fin de l'intervention de l'Etat dans la gestion courante de l'êconomie et la libertê de production et de transaction pour que les miracles de prospêritê que promet l'êconomie de marchê se mettent á pleuvoir, et que la facture qu'il leur est demandê de payer est plus forte que prêvu.

Mëme dans le domaine de la libertê d'accés de leurs marchês aux produits industriels et agricoles des pays de l'Est,les gouvernement occidentaux font maintenant marche arriére,sous la pression des paysans et des industriels,qui constituent une partie importante et influente de leur êlectorat.

Que reste-t-il donc des "lendemains qui chantent" promis avant le "mariage"? Pas peu,certes,mais loin de ce qu'on avait fait miroiter aux ex-pays socialistes.La crise monêtaire actuelle,qui ne veut pas s'êteindre,est tombêe á point nommê pour

justifier la tiêdeur des pays industrialisês á accroitre leur assistance financiére.

Il reste ,cependant,un probléme sêrieux que les pays riches ne peuvent pas êviter d'aborder,parce qu'il a des implications lourdes de menaces sur la paix dans toute l'Europe,paix dêjá mise á mal par la rêsurgence du probléme balkanique avec la mëme sauvagerie et la mëme intensitê qu'avant la Premiére Guerre Mondiale et qu'au cours de la Seconde Guerre Mondiale;c'est le probléme du poids de la dette des anciens pays membres de l'URSS.

Si ce probléme ne trouve pas une solution,qui n'apparaït devoir ëtre qu'une vaste opêration d'effacement d'une partie de l'ancienne dette extêrieure commune et de rêêchelonnement du reste de la dette,avec un apport important et immêdiat de liquiditê,disponible et non sous forme d'engagement,la situation politique de cette rêgion,et surtout celle de la Russie,qui continue á ëtre la seconde puissance nuclêaire,ne peut qu'êchapper au contrõle de ceux qui ont pris sur eux la lourde responsabilitê de jeter le pays dans une rêvolution aussi profonde que la rêvolution d'Octobre.Les problémes constitutionnels et politiques qu'a connus ce pays dans les trois derniers mois de 1992, reflétent les difficultês êconomiques liêes á la transition á l'êconomie de marchê dans une situation de pênurie de moyens de payements extêrieurs et risquent d'ëtre les signes avant-coureurs d'une crise interne,qui ne manquera pas d'avoir ses effets sur le reste de l'Europe,si ce n'est du monde.

Certes,par rapport á la dette algêrienne,et au regard du nombre de ses habitants,les 75 milliards de dollars ne sont pas une somme importante pour le groupe de la CEI.

Le probléme est que les besoins de payements immêdiats de cette dette sont immenses par rapport á la capacitê du groupe de les couvrir,vu le dêlabrement dans lequel se trouve le systéme de gestion du secteur financier,ni totalement libêrê de toutes entraves inter-êtatique,ni totalement gêrê centralement.C'est dans cette zone de pênombre que tous les dangers d'effondrement s'embusquent.Et si la fluiditê n'est pas rêtablie dans le systéme,et ceci ne peut provenir que de l'extêrieur,la crise s'approfondira et pourrait dêboucher sur l'anarchie .

Beaucoup de promesses ont êgalement êtê faites lá;les pays industrialisês,comprenant le danger,ont annoncê un programme d'aide financiére globale de 24 milliards de dollars,qui,semble-t-il ne s'êléverait en analyse finale qu'á dix milliards de dol-

lars,quasi-entiérement sous forme de crêdits commerciaux,aux taux d'intêrët du marchê (8) et á court terme,dont les êchêances ont dêjá commencê á tomber.

Le FMI,pour sa part,estime que pour 1993 seulement,la Russie aurait besoin de 22,2 milliards de dollars pour payer ses importations et de 8 milliards d'allêgement de sa dette extêrieure.

Il est êgalement á noter que le dossier du rêêchelonnement de la partie publique de cette dette a êtê confiê au Club de Paris,qui ont commencê á en discuter á parti du 16 dêcembre 1992,mais sans espoir d'en dêcider avant la fin de l'annêe(9).

Il faut souligner que la Russie a suspendu le remboursement du paiement de sa dette publique,dont les êchêances ont êtê systêmatiquement reportêes depuis 1991,en attendant d'aboutir á un accord avec ses crêanciers.

Lá,les pays occidentaux sont pris entre la tentation d'affaiblir encore plus la Russie pour rêduire á nêant son ambition de prendre la place de l'ex-Union Soviêtique dans les affaires mondiales,et donc de retarder au maximum la mise en place d'un programme massif d'aide financiére á ce pays,et le danger de voir la situation intêrieure russe se dêtêriorer au point oú les anciens tenants de la confrontation avec l'Occident apparaissent comme les sauveurs par leurs concitoyens et soient rappelês "aux affaires."

C'est lá une êventualitê qui s'est concrêtisêe avec la nomination,le 14 dêcembre 1992,de Victor Chernomyrdin,ancien membre du Comitê central du Parti Communiste Soviêtique(10),comme premier ministre russe, et dont la premiére dêclaration constitue un dêfi aux puissances occidentales et au concept de "Nouvel Ordre International."(11)

La politique des promesses qui tardent á se concrêtiser et l'utilisation de la carotte et du bãton pourraient donc ne pas rêussir á obtenir une Russie á la fois stable et inoffensive,qui est l'objectif final recherchê.

La situation est compliquêe par le fait que,jusqu'á fin dêcembre 1992,les Etat-Unis (12)êtaient engagês avec la Russie dans la derniére phase des nêgociations sur le dêsarmement nuclêaire,dans le cadre des accords "Start II" dont la rêussite,confirmêe par la signature,le 3 janvier 1993,de l'accord entre le Prêsident Bush et le Prêsident Yeltsin, permet non seulement la rêduction,sur une pêriode de dix annêes,des arsenaux nuclêaires des deux puissances á un niveau infêrieur au tiers de ce qu'ils êtaient auparavant dans les deux pays,mais êgalement la destruction des missiles balistiques intercontinentaux á tëtes multiples russes SS17 et SS19 et des bombardiers stratêgiques amêricains porteurs d'armes atomiques.

Tout est probléme de temps pour les stratéges occidentaux;mais,si exhaustive soit la planification des mouvements,il y a toujours des imprêvus,dont certains commencent dêjá á apparaïtre!

Tous ces problémes importants,et dont les dêveloppements jusqu'á la fin de l'annêe 1992 sont reportês ici,ont pris beaucoup du temps des responsables gouvernementaux et des experts financiers prêsents á Washington du 21 au 24 septembre.

Restent des problémes,si ce n'est annexes,du moins d'une importance moindre ,á rêgler.Parmi eux l'êlection des administrateurs des conseils d'administration de la Banque mondiale et du FMI,conseils dont le nombre de membres a êtê êlevê á vingt- quatre avec l'addition de deux siéges:un pour la Suisse et un pour la Russie.

Du cõtê des pays industrialisês,comme du cõtê de l'immense majoritê des pays en voie de dêveloppement,le choix d'un administrateur pour reprêsenter leurs vues et dêfendre leurs intêrëts est,au vu des enjeux,une affaire d'êtat de la plus grande importance et extrëmement sêrieuse,car de la compêtence technique de ces administrateurs dêpendent les avantages qui peuvent ëtre tirês par ces pays des relations avec ces institutions.

Les administrateurs peuvent influencer le cours des choses et les dêcisions de ces institutions au delá du pouvoir de vote dont ils disposent.

Mais,pour certains pays,le poste est considêrê comme une occasion de rêcompenser un fidéle du rêgime pour services rendus,en gênêral des plus triviaux,comme l'accueil de la famille de hauts responsables dans une ambassade,le réglement de problémes de fréres,soeurs,méres,filles et autres parents ,amis,alliês,"clents" de ces responsables,au plus complexes,services qui,dans la plupart des cas n'ont que peu de choses á voir avec les intêrëts supêrieurs du pays en cause,si tant est qu'il en existent aux yeux des responsables du pays concernê.

Bien sür,les accointances rêgionales,les affinitês diêtêtiques jouent leur rõle dans le choix de l'heureux êlu,bref toutes sortes de critéres de choix qui changent au grê de l'humeur ,des sympathies et des sensibilitês du responsable final de la prise de dêcision et de ceux qui sont chargês d'orienter sa dêcision,sinon de la manipuler.

On essayera,bien sür,de couvrir la dêcision,toute subjective,de raisons d'apparence "rationnelles";il serait trés difficile d'imaginer un responsable politique justifier le choix d'un candidat á un poste d'importance internationale,et engageant l'image de marque du pays et sa crêdibilitê financiére,dont les consêquences se payent en devises,dêclarer:"j'ai choisi M.X parcequ'il est de mon village " ou "je l'ai choisi parcequ'il s'est occupê de ma parente Y,alors qu'il êtait en poste dans notre ambassade au pays Z."

Ce responsable tentera-pour tromper qui?- de justifier sa dêcision en insistant sur la nêcessitê de "rajeunir les cadres, "de permettre á un cadre d'avenir d'approfondir son expêrience," "de promouvoir á un poste plus important l'expert financier que ce "favori" va remplacer," et si le moment de changer cet administrateur dont la nomination êchappe á des critéres responsables arrive,on le maintiendra "au nom de la continuitê," ou "parcequ'on n'a pas d'hommes sêrieux et compêtents disponibles,".

La mauvaise foi,qui n'est qu'une forme subtile de lãchetê et de violence,est une excellente inspiratrice,et la mére de l'invention de justifications et d'explications aux dêcisions les plus incongrues,les plus absurdes et les plus nuisibles aux intêrëts de l'Etat.

L'autoritê de l'Etat est perdue par la faute de responsables qui suivent le courant de leurs sentiments pour traiter des affaires de la Nation;elle n'est pas perdue du fait de l'esprit d'anarchie et de l'indiscipline "innêe" des peuples qu'il faudrait toujours tenir sous haute surveillance,la matraque au poing prëte á ëtre utilisêe pour les rêprimer.

L'autoritê de l'Etat est indissecable,insêparable du comportement des responsables,et chacun de leurs actes,si bênin soit-il,renforce ou affaiblit cette autoritê.

On peut toujours rêgner par l'arbitraire et imposer l'autoritê par la violence.C'est lá une faèon de faire á la fois ineffective et coüteuse.Pourquoi tout simplement ne pas se contrõler et contrõler les êmois de son coeur et prendre des dêcisions basês sur des critéres tellement positifs et tellement clairs que les critiques les plus hostiles n'y trouveraient rien á redire?

Il ne s'agit pas de recrêer l'atmosphére d'une êpoque dêvolue pour toujours,celle des Khalifes "Rachidoun",compagnons du Prophéte et ayant trouvê en lui leur inspiration.Mais un comportement peut ëtre êthiquement acceptable et techniquement efficace sans devoir viser cet idêal perdu pour toujours.

En bref,il s'agit de savoir si le poste de membre du conseil d'administration de l'une ou l'autre des institutions de Bretton Woods est une fonction qui ne peut ëtre occupêe que par des experts financiers nationaux versês dans les finances internationales tout en ayant la personnalitê et la culture leur permettant d'ëtre á l'aise dans des fonctions qui comportent un êlêment certain de reprêsentation diplomatique,ou s'il s'agit d'une sinêcure rêservêe á un "client"d'un baron du rêgime,ou d'un simple moyen de permettre á un "copain",en fin de mission dans une ambassade,de prolonger son sêjour á l'êtranger sans avoir á se soucier de son pain quotidien et de son confort et rêgler ses problémes personnels et ceux de sa famille.

Ceci dit,toute dêcision,toute arbitraire qu'elle soit,et tout contraire aux intêrëts du pays qu'elle apparaisse aux yeux d'observateurs neutres et objectifs,peut se voiler de la raison d'Etat,sous le couvert de laquelle on a accompli les oeuvres les plus sublimes comme on a assouvi les plus basses vengeances personnelles.

Certes,le programme de travail du nouveau gouvernement contient-il une critique extrëmement dure des pratiques suivies par ses prêdêcesseurs dans le choix des occupants de positions importantes;voici ce que ce programme dêclare á ce propos:

"La prêdominance des régles de cooptation clientêliste sur les régles de sêlection sur la base du mêrite ont fait de la loyautê envers les tenants du pouvoir le principal critére de promotion au dêtriment de la compêtence."

Ce gouvernement avait une occasion de montrer qu'il voulait rompre avec ces pratiques;il ne l'a pas saisie;et les plus belles dêclarations d'intention ne valent les plus triviaux des actes;á moins que cette attaque contre les pratiques d'antan soit devenu un rite que chaque de gouvernement estime utile de reprendre,mais avec la rêserve mentale qu'il n'implique aucune action concréte pour redresser la situation ancienne jugêe viciêe et contraire aux intêrëts de l'Etat et á la stabilitê du pays;car,en fait,la mëme critique se retrouve dans le discours de prêsentation de l'ancien chef du gouvernement prononcê devant l'APN au milieu du mois de juin 1991,et,sans aucun doute,dans le discours de son prêdêcesseur,dont le régne a coðncidê avec des sommets de clientêlisme,de nêpotisme et de rêgionalisme d'une arrogance et d'une impudence jamais êgalêes pendant les treize derniéres annêes oú pourtant ce n'est pas la retenue qui a caractêrisê le comportement des responsables politiques et êconomiques.

En conclusion,devant la complexitê des problémes que pose le monde nouveau qui êmerge aprês l'effondrement d'un bloc et le triomphe de l'êconomie de marchê et les enjeux dont dêpend la paix,la sêcuritê,la survie,la prospêritê du peuple,on demeure surpris de voir combien il peut ëtre aisê de trivialiser les questions les plus vitales et de les transformer en simples occasions de faire avancer des intêrëts personnels sous le couvert de l'Etat.

Peut-ëtre la diffêrence fondamentale entre pays sous- dêveloppês et pays dêveloppês rêside-t-elle essentiellement dans l'idêologie nihiliste des dirigeants des premiers,qui ne peuvent dêpasser leurs propres penchants á la jouissance matêrielle aux dêpens de leurs peuples,qui ne possédent aucun mêcanisme leur permettant de leur demander de rendre des compte,alors que les dirigeants des seconds,constamment sous la surveillance de leurs citoyens,ne peuvent garder leur statut,leur prestige,leur crêdibilitê et leur honneur que s'ils rêsistent á la tentation de gêrer le pouvoir comme s'il leur appartenait en propre,alors qu'il ne leur est que prëtê;c'est seulement par une telle alternance que le cercle vicieux de l'êternel recommencement peut ëtre ,sinon brisê,du moins estompê dans ses consêquences les plus nêfastes.

Les principes ne valent que par leur application rigoureuse,et ceux qui les ênoncent et sont supposês les suivre dans leur action ne peuvent les respecter que s'ils sont certains que la violation de ces principes dans leurs dêcisions sera sanctionnêe par leur disparition personnelle du systéme de prises de dêcisions politiques.

C'est dans cette diffêrence,qui est un gouffre,que se glissent les institutions de Bretton Woods pour imposer leur

propre conception de la souverainetê nationale et leur propre schêma de sociêtê,si ce n'est leur propre vision du l'ordre international á des dirigeants absorbês á rêgler ,au jour le jour,leurs problémes existentiels,et donc prëts,á toutes occasions,á oublier leur peuple et leurs responsabilitês.

(1)1 .-On sait que par ce traitê,nêgociê en 1884 et 1885,les grandes puissances coloniales se sont

partagêes l'Afrique.

(2)2 .-Suivant M. Philip Verleger,expert pêtrolier amêricain de l'Institut d'Economie internationale,citê

par diffêrentes revues spêcialisêes,entre Aoüt 1991 et Aoüt 1992 seulement,la valeur rêelle des recettes tirêes des hydrocarbures exportês par notre pays a chutê de 21 pour cent,dont 14,2 pour cent düs á la dêvaluation du dollars et 4,5 pour cent causês par l'inflation internationale.

(3)3 .-Dans son programme d'action êconomique urgente,publiê le 4 fêvrier 1992,le prêcêdent gouvernement

ne visait á rien moins que de:

"remettre en marche l'appareil de production,qui est en panne depuis six ans,satisfaire les besoins vitaux des citoyens,á commencer par les plus dêmunis,dans les domaines du logement et de l'emploi,mobiliser activement la solidaritê nationale pour rêduire les inêgalitês,êliminer les multiples causes de gaspillage et de dilapidation des ressources nationales,prendre plus particuliérement soin de la jeunesse du pays,qui est le segment le plus important de la sociêtê et est la plus durement touchêe par la crise êconomique et sociale et par les troubles politiques et sociaux" et veiller á "la moralisation des pratiques êconomiques.Le peuple algêrien veut des changements radicaux dans ce domaine,l'apparition de nouveaux visages dans les administrations nationales et locales et dans les secteurs êconomiques."

C'êtait lá un programme d'autant plus ambitieux que ce gouvernement ne faisait qu'appliquer une politique de stabilisation et d'ajustement nêgociê par le gouvernement auquel il avait succêdê en juin 1991,et en secret,avec la Banque mondiale et le FMI dont le "projet de sociêtê" constituait en fait le modéle á suivre!

(4)4 .-Alors que les diffêrents plans de relance prêsentês par le prêcêdant gouvernement projetaient un

taux de croissance minimum de 5,2 pour cent pour 1992,la production intêrieure brute a chutê de 3,5 pour cent durant le premier trimestre de cette annêe,et les capacitês de production dans le secteur public ne sont plus utilisêes qu'á 45 pour cent,et á 10 pour cent dans les 25 pour cent des entreprises privêes de l'Oranie (pour lesquels les chiffres existent)qui n'ont pas encore cessê de fonctionner faute de piéces dêtachêes ou de produits semi- finis.

(5)5 .-Voir Chapitre VIII. Commerce International et

??Rêindustrialisation

(6)6 .-C'est le systéme de "tarifs progressifs",par lequel les taux qui frappent les produits importês par

les pays industrialisês des pays exportateurs de matiéres premiéres s'êlévent avec le degrê de traitement de ces matiéres premiéres:ainsi,par exemple,le pêtrole brut sera moins taxê que les produits raffinês;ces taux sont destinês á dêcourager les exportateurs á crêer des industries de transformation prês des sources de matiéres premiéres.Consêquence de ce systéme tarifaire,mëme les investissement directs êtrangers dans ces pays,si libêraux ces derniers soient-ils,sont dêcouragês.

(7)7 .-Suivant les accords du GATT les restrictions quantitatives aux importations par les pays parties á

l'accord sont interdites;seuls des mesures de tarification par ajustement des taux et non discriminatoires quant á l'origine des produits importês peuvent ëtre utilisêes pour limiter les importations.

(8)8 .-En fait sur ces dix milliards de dollars,500 millions reprêsentent des dons et un milliard

constitue le report d'êchêance d'anciennes dettes,et non de l'argent frais.

(9)9 .-Le Groupe des 7 a proposê á la Russie de rêêchelonner 15 milliards de dollars de dette êchue sur

une pêriode de 5 á 10 ans,ramenant le service de sa dette publique pour 1993 á 2,75 milliards de dollars,qui constitue le montant maximum que ce pays peut verser pendant cette annêe,á comparer aux 18 milliards de dollars en principal et intêrëts,dont 4 milliards de dollars d'arriêrês,originellement düs;il est êgalement á souligner que,

suivant cette proposition,mëme les intêrëts êchus seront rêêchelonnês.

(10)10 .-Il êtait ministre du Pêtrole et du Gaz dans le prêcêdent gouvernement russe.

(11)11 .-Il a mëme êtê jusqu'á dêclarer que,malgrê les sanctions que l'ONU a dêcidêes contre elle,la

Serbie continuerait de recevoir le plein appui de la Russie!

(12)12 .-De mëme la Rêpublique Fêdêrale Allemande nêgociait,dans la mëme pêriode,le retrait anticipê

des troupes russes de l'ex-Rêpublique Dêmocratique Allemande;un accord est intervenu entre le chancelier allemand Helmut Kohl et le prêsident russe Boris Yeltsin le 16 dêcembre 1992;en contre-partie de son accord de retrait accêlêrê de ses troupes,la Russie a obtenu un moratoire sur sa dette de 3,2 milliards de dollars düs á l'ex-RDA,plus une promesse de 350 millions de dollars d'aide supplêmentaire et une indemnisation allemande de plusieurs centaines de millions de dollars aux victimes russes du Nazisme!